Il faut bien l'admettre, je suis une mémé de 19 ans. Du genre à boire de la tisane en lisant un livre le samedi soir, ou bien à avoir un cabas à roulette pour les courses. Du genre à aimer les chats, l'eau de Cologne, les chewing-gum au réglisse. (J'exagère, mais à peine.)
Et ya plein de trucs de d'jeuns que je déteste. Par exemple les boites de nuit, ou tout endroit ou on est susceptible de se trémousser sur de la musique (enfin, un simulacre de musique)
Malheureusement, mes amies adorées, après de multiples supplications/ chantages/ menaces, ont finalement réussi à me faire vivre une expérience aussi sordide que traumatisante dans ma vie de grand-mère :
- Allez Ophé, viens au l'Ayers avec noooous !
- Non, j'aime pas la lumière, la musique, danser, les gens. J'aime rien en fait, sauf m'enterrer sous la couette en écoutant des chants grégoriens.
- Tu vois, t'es précieuse ! Allez viiiiiiiiens ça va être trop bien !
(j'ai fini dans ma grande faiblesse, par accepter...)
Donc au début, une soirée normale entre copine, on va dans un petit restaurant, on se raconte nos vies, on rigole, on se remémore de bons moments, bref classique. Et puis en fin de soirée, on finit par arriver au côté obscur, le chaos, le repère à jeunes assoiffés d'alcool et de danse (ou plutôt de non-danse) j'ai nommé le l'ayers, bar « branché lyonnais »
Je te fais la scène d'exposition : (oui oui, comme au théâtre !)
On arrive, et apparemment il faut avoir « le physique festif » étant donné qu'on te dévisage de la tête au pied, histoire d'estimer ton âge, ton petit haut sexy, ton conformisme etc.
A l'intérieur, les gens sont agglutinés vers le bar ou près des tables : la règle d'or est : « avant minuit, rase les murs » sans oublier la musique, ou plutôt un son hyper fort qui sort des amplis, quelque chose d'indescriptible, un viol auditif qui te donne un mal de tête affreux, qui te force à hurler à l'oreille de ton voisin pour qu'il te comprenne. Pour les discussions entre copines, on repassera hein. Heureusement, tes amies sont là pour t'aider à te sentir mieux :
- Allez, parle-nous de Proust !
- Je vous emmerde. Comme si Proust avait écrit ses trois-cent mille pages au l'Ayers, avec de la musique pourrie. Eh ben non ! Il bouffait tranquille ses madeleines en silence, il faisait chier personne lui ! (admirez l'élégance de mes propos...)
Les gens s'observent, se regardent en chien de faïence. Moi-même je les regarde, je prépare des choses bien venimeuses à écrire sur mon blog, je repère les habitués, les timides-coincés traînés par leurs amis, bref, tous ces jeunes qui sont censé passer une super soirée de la mort qui tue.
Il est 23h30 et il faut attendre cette chose si capricieuse et incompréhensible qu'est l'ambiance. Sauf que personne sait quand ça arrive. C'est comme s'il y avait quelqu'un caché on ne sait ou et qu'on attendrai tous qu'il dise « aller c'est l'heure allez-y, faites les cons ! »
L'ambiance, c'est le moment ou les gens décident de danser tous en même temps sous des lumières multicolores. Enfin, « danser » est un grand mot, un vague mouvement d'épaule/de bassin/ les deux en même temps, est largement suffisant. La solution, c'est de trouver un compromis entre théâtralité outragée et inertie honteuse.
Et comme on est dans un bar et non dans une boite avec des podiums, des dindes super sexy en top à paillettes et gloss dégoulinant décident de prendre en otage des tables en se trémoussant dessus.
Franchement, faut bien leur reconnaître une qualité, c'est qu'elles maîtrisent parfaitement l'art du secouage de cheveux. Et puis t'as des mecs qui te font des clins d'½il genre « hey baybay, j'sais pas comment tu t'appelle mais t'es trop bonne » en t'expliquant leur notion –toute relative- de la fidélité. Voilà, l'ambiance est là, c'est le moment : lâchez-vous. Avant c'est interdit, vous avez l'air con. (Mais quand l'ambiance est là, rester assis devient ridicule, vous êtes le névrosé, l'être « non festif » à qui on fait la fameuse leçon de morale du « mais t'es jeune, profite avant d'avoir un dentier et une convention obsèques à remplir »)
On danse, on boit des boissons sataniques, c'est à dire des tout petits verres avec des alcools très forts dedans. Je ne raconterai pas ici à quel point Christelle peut être marrante et libéré lorsqu'elle est ivre, mais-pourtant-j'en-ai-bien-envie.
Voilà, j'ai dansé, j'ai bu, et surtout, j'ai survécu.
Maintenant je vous laisse, j'ai du tricot à faire en charentaises, devant des chiffres et des lettres.